Il est un jour, aux alentours du 23 septembre, où le soleil se lève et se couche à douze heures d’intervalle, ou presque : le jour et la nuit se font égaux.
La tradition chinoise nomme ce point de bascule 秋分 Qiūfēn, l’« Équinoxe d’automne », et lui prête une saveur particulière : celle d’un équilibre bref, avant que la nuit ne commence à l’emporter.
Le point d’équilibre
Fēn (分), c’est « partager, diviser » : l’équinoxe coupe l’automne en deux moitiés égales et partage la journée en parts égales d’ombre et de lumière.
Passé ce seuil, la balance penche : les nuits s’allongent, la fraîcheur gagne, le Yang lumineux de l’été cède doucement au Yin qui monte.
Qiūfēn appartient toujours au Métal (金 Jīn), ce Mouvement d’automne qui aime la clarté et la mesure, et l’équinoxe en est peut-être l’expression la plus pure : un instant d’aplomb parfait, que la nature ne fait que traverser.
Recueillir et trier
À ce moment de l’année, la tradition observe un geste : recueillir et trier.
Les récoltes rentrent, on met en bocaux, on range, on garde l’essentiel et l’on écarte le reste, au grenier comme en soi-même.
C’est le propre du Métal que cette clarté qui ordonne : elle fait le tri dans les nourritures comme dans les pensées.
L’équinoxe invite ainsi à une forme de recueillement, un mot qui dit à la fois la récolte que l’on rassemble et l’attention que l’on ramène vers l’intérieur, à mesure que les soirées se referment.
Ce n’est pas un hasard si tant de cultures placent à l’automne leurs fêtes de la moisson : le geste de rentrer les fruits de la terre et celui de rentrer en soi procèdent du même mouvement, celui d’un monde qui se rassemble avant de se refermer.
La culture du thé d’automne
L’automne est aussi, pour qui aime le thé, une saison faste.
Les théiers donnent en cette période une récolte prisée, le « thé d’automne » (秋茶 qiūchá), réputé pour ses parfums profonds et persistants.
C’est le temps des théières que l’on ressort, des infusions que l’on prolonge, des gestes lents du gōngfu chá où l’eau, la vapeur et l’arôme rythment l’après-midi.
Boire le thé d’automne, c’est épouser la mesure de la saison : chaud, sans hâte, attentif à ce que chaque infusion révèle.
Autour de la pleine lune
L’équinoxe voisine avec l’une des plus belles fêtes du calendrier chinois : la fête de la mi-automne (中秋节 Zhōngqiūjié), célébrée à la pleine lune du huitième mois lunaire.
On se retrouve en famille, on partage les gâteaux de lune (月饼 yuèbǐng) ronds comme l’astre, on boit le thé sous le ciel clair en contemplant la lune la plus pleine de l’année.
C’est une fête du rassemblement et de la gratitude, écho parfait au geste de l’équinoxe : recueillir non seulement les récoltes, mais aussi les siens autour d’une même table.
La rondeur de la lune, la rondeur du gâteau, la rondeur du bol de thé : tout, cette nuit-là, dit le cercle et le retour.
À découvrir
Deux thés pour accompagner l’équinoxe.
Le Thé noir à l’écorce de Mandarine - 陈皮红茶 (Hong Cha Chen Pi) marie la chaleur d’un thé rouge à l’agrume patiemment vieilli : une tasse ronde et parfumée, faite pour les après-midis qui raccourcissent.
Et le Thé Oolong Tie Guan Yin - 铁观音 (Tie Guan Yin), la fameuse « Déesse de fer de la miséricorde » d’Anxi, un bleu-vert semi-oxydé aux notes d’orchidée et d’amande grillée, dont les feuilles se déplient et se réinfusent plusieurs fois : un thé de conversation et de patience.
Passé l’équinoxe, la lumière décline pour de bon et la fraîcheur s’affirme.
Octobre approche, avec ses rosées plus froides et le resserrement du Métal ; mais avant d’y venir, arrêtons-nous sur une douceur qui règne sur cet automne : le fruit du moine.
Ce sera notre prochaine escale.

